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Une différence fondamentale entre les dictatures modernes et toutes les autres tyrannies d'autrefois est que la terreur ne sert plus à exterminer et à épouvanter les adversaires, mais à gouverner des masses parfaitement dociles.La terreur telle que nous la connaissons aujourd'hui frappe sans qu'il y ait auparavant provocation, et ses victimes sont innocentes, même du point de vue de l'oppresseur. Ce fut le cas dans l'Allemagne nazie, où la terreur fut pleinement employée contre les Juifs, c'est-à-dire des personnes qui avaient en commun certaines caractéristiques indépendantes de leur comportement spécifique. En Russie soviétique, la situation est moins claire, mais les faits malheureusement trop évidents. D'une part, le bolchévisme n'a jamais, à la différence du nazisme, n'a jamais professé la théorie de la terreur contre des innocents; si l'on considère certaines pratiques, on peut y voir de l'hypocrisie, mais il n'en demeure pas moins que la différence est grande. D'une part, sur un point au moins, la pratique est plus "évoluée" en Russie soviétique qu'en Allemagne: l'arbitraire de la terreur ne tient même pas compte de différences raciales, tandis que les anciennes catégories de classe ont disparu depuis longtemps, si bien que n'importe qui peut tout à coup devenir la victime de la terreur policière. Nous n'examinerons pas ici la conséquence extrêmes du gouvernement par la terreur, à savoir que personne, pas mêmes les bourreaux, n'est jamais à l'abri de la peur; ce qui nous occupe, c'est l'arbitraire dans le choix des "victimes"; il est fondamental qu'elles soient objectivement innocentes et qu'elles soient choisies indépendamment de ce qu'elles peuvent avoir ou n'avoir pas fait. HANNAH ARENDT, Les Origines du totalitarisme.

Tag(s) : #POLITIQUE

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