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ACTE PREMIER

 


A la Place du Souvenir. L’équipe de l’aménagement du site où doit se célébrer le cent quatre-vingt dixième anniversaire de la naissance de l’Etat de Pagaal et de la libération de son peuple est au complet sur place, sous le commandement du colonel Thiakhane Fakher, debout devant un immense rocher noir et s’entretenant au téléphone avec son supérieur hiérarchique, le général Barry Dollé Diaye Dollé. Tout autour de la Place, des policiers, des gendarmes et même des militaires très jeunes et gravement armés verrouillent les lieux et regardent avec froideur dans toutes les directions comme tout le reste de l’humanité était leur ennemi.

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-Qu’est-ce que c’est 

-Un rocher !

-Vous dites bien un rocher ?

-Exactement deux rochers, mon général.

-Où exactement dans les lieux ?

-A la place même où est prévue la tribune officielle du président et à 300 mètres de la tribune sur le chemin que doit emprunter le président.

-La presse est-elle déjà sur place ?

-Non, nous avons sécurisé le périmètre dès la découverte et nous avons alerté les forces intermédiaires pour dévier les voitures et les passagers de cette direction.

-Verrouiller hermétiquement le périmètre et qu’aucun journaliste professionnel ou amateur citoyen ne s’approche. Pas photos ou de vidéos pour personne.

-Bien entendu mon général.

-Qu’est-ce qu’un rocher peut avoir de si particulier à inquiéter toute une équipe pluridisciplinaire de professionnels

-Tout laisse croire que ses caractéristiques sont en dehors de celles de nos diverses sciences et techniques jusqu’ici utilisés par nos services.

-Il faut être plus précis mon colonel ?

-Nous sommes bien en avril, mais ce n’est pas comme par le passé ces poissons d’avril qu’aimer déguster.

-Qu’avez-vous déjà essayé ?

-Nous avons essayé toutes les machines, toutes les substances, toutes les techniques, mais partout c’est le même résultat.

- Qui aurait alors pu drainer ce rocher jusqu’en ces lieux ?

-C’est la question que tout le monde se pose ici depuis lors. Je pense qu’elle se meut de ses propres forces.

-Un rocher qui se meut de ses propres forces sous vos yeux ou nos caméras de surveillance ?

-Non, depuis que nous sommes sur le site aucun de ces deux rocher n’a bougé du lieu où nous les avons trouvés ce matin à 7heures treize quand nous avons débarqué. Les autres disent ne rien entendre, mais moi, il m’a semblé entendre dans le corps du rocher, le bruit d’une grande assemblée humaine.

-Qu’est-ce que cela veut dire ? Un cheval de Troie contre la république ou contre le président  et son régime, sans qu’aucun renseignement ne puisse savoir où, quand, par qui et comment il a été conçu et fabriqué et acheminé en ces lieux?

-La place est surveillée depuis des jours en permanence par des policiers en tenue et en civil et par des caméras de dernière heure. Rien d’anormal n’a été détecté et signalé ni par les hommes ni par leurs machines. En face de chacune de ces deux rochers, il y a une caméra et deux agents qui font face à face. Je crois comme la plupart de mes collègues que ces rochers sont arrivés ici durant les vents qui se soulevèrent vers quatre heures du matin avec une légère pluie.

-C’est vrai que cette pluie de l’aube au mois d’avril à Pagaal n’est des choses les plus habituelles.

-Quand ces vents se sont levés hier soir, frappant les murs de ma chambre comme s’ils me sommaient de se réveiller pour voir ou entendre, je me suis levé. J’ai mis le contact de la lampe en « on » mais le courant n’était pas encore revenu depuis qu’il est parti un peu avant la prière de quatorze heures. L’obscurité rend à la fois toutes choses impossibles et possibles. Un éclair m’a permis de voir la porte de ma chambre qui ouvre sur le balcon. Une force étrange semblait me pousser de la chambre vers l’extérieur sur lequel s’abattait avec une rare violence naturelle, la colère soudaine de cette la nature ou des démons ou des sages du monde et de Pagaal. Je me suis mis à genoux et j’ai rampé jusqu’à m’agripper à la façade du balcon. Je ne sais pas si vous dormiez ou si vous étiez comme moi réveillé, mais du côté de notre cité, je n’avais jamais vu une telle obscurité, une telle violence dans la nuit.

 -Qu’est-ce que c’est encore cette pierre ? Depuis des années, chaque jour qui se lève à Pagaal se lève avec un problème connu qui revient ou un d’un genre tout à fait nouveau.

-Une preuve du coup d’Etat annoncé par le ministre de l’intérieur, pensent certains.

 -Mais nous savons tous qu’il n’y a nulle part encore menace de coup d’Etat à Pagaal mon colonel. C’est une rumeur pour les civils mais pas pour nous autres.

-Nous ne sommes jamais totalement maîtres du territoire que nous revendiquons mon général, une bonne partie nous échappe très souvent. 

-C’est vrai que même les Etats modernes ne sont jamais totalement maîtres des hommes et des évènements et surtout nous autres qui semblent devoir combattre dans les champs de guerre de la rationalité et dans les ténèbres encore non éclairées de l’irrationnel qui refuse de mourir ou de se laisser capture par les pièges de nos possibles.

-L’irrationnel c’est le plus terrible des ennemis de l’homme et de l’Etat. Peut-être aussi que chaque fait naturel ou humain a des fondements nécessaires qui s’enchaîne du début de sa conception jusqu’à sa fin. Nous sommes encore dans une profonde nuit mon général.

-Avez-vous contacté toutes les unités spécialisées ?

-Oui celles de l’armée, celles de la gendarmerie, celles de la Police et celle des sapeurs sont tous sur le terrain. Elles n’ont aucune science au sujet de ces rochers. Il est impossible de les transposer car aucune de nos machines ne peut ni les pousser de l’avant ou la tirer ou la soulever.

- J’ai sans doute entendu durant mon enfance et j’en entends encore, mais je n’ai jamais vu un rocher sans âme se déplacer dans le monde ni un rocher avec une telle résistance.

 -Nos gros marteaux sont sans effet sur leur corps, mais au fond du corps du rocher comme dans le corps noir de cette nuit qui vient de se dissiper, j’ai senti une âme. Devant ce rocher, j’entends les voix que j’entendis dans la nuit des ténèbres et des vents. Je ne l’ai entendu qu’une fois, mais il me semble bien avoir entendu dans le ventre de la nuit d’hier, des voix humaines, une voix de peuple et de nation en gestation dans la douleur mais aussi dans la liberté et dans la démocratie. J’ai entendu dire,« rien ne peut nous empêcher de naître, de penser et d’agir pour le bien de l’homme sur ses terres où sa promesse faite à Dieu doit se réaliser et où se réalise d’abord la promesse que Dieu lui a faite »

-Comment un rocher peut-il abriter une vie humaine mon colonel ?Beaucoup de tes supérieurs comme beaucoup derrière votre commandement disent que tu n’es pas seulement un bon soldat, mais aussi un grand imaginatif. Ce n’est pas mauvais pour le métier de soldat, au contraire, mais il faut partir de la matière.

-La matière ? J’ai essayé de la nier pendant un long moment. Mais à présent je crois bien distinguer où est le réel et où est l’apparent, où est le nature et le construit. Quand nous avons commencé par essayer de broyer le rocher qui est à la place désignée pour la tribune officielle du président, au premier coup de marteau, j’ai entendu l’expression d’une profonde souffrance dans le rocher. Mais je n’ai pas senti qu’un autre l’avait entendu. Je me suis dit que personne ne voulait paraitre ridicule le premier. Et puis quand les coup de marteau se sont poursuivi avec plus de vitesse et de hargne et en divers endroits du corps du rocher noir, j’ai ordonné d’arrêter, ne pouvant plus supporter sur ma conscience et sur mon cœur et sur ma vision du monde, ce que j’entendais et ce que je voyais comme je vois toutes choses du monde sous mes yeux. Les marteaux n’avaient aucune trace sur le corps du rocher, mais à l’intérieur c’était une grande hémorragie, un grand génocide, un grand crime contre l’humanité. Ils m’ont demandé où sont les vies humaines ou au moins les signes de cette vie humaine dans ce corps de matière inerte. Je n’ai aucune preuve pour eux et pour convaincre une équipe, il faut quelque chose qui ressemble au moins à une preuve ou à un début de preuve d’existence. Ayant vu que la solution du broyage ou de l’atomisation du rocher n’est pas possible, certains ont suggéré l’usage d’autres moyens et méthodes. Je ne sais pas ce que pourrait changer ces moyens et ces modes d’intervention, mais je voudrais vous dire que je suis militaire de vocation et de formation, mais je suis aussi naturellement un militant et un fonctionnaire des droits de l’homme qui ne songe pas à aller à la retraite.

-Avez-vous réellement entendu des voix dans le rocher

-Je n’ai pas seulement entendu des voix mon général, j’ai vu dans le corps de ce rocher noir immense comme un Etat, des femmes et des hommes, des vieux et des jeunes et des enfants. J’ai vu des paysans, des éleveurs, des commerçants, des troupeaux de bétail et des contingents et des contingents d’hommes qui vaquent à diverses activités.Il n’ ya pas de doute il y a de la vie et une vie humaine dans ce rocher noir

-S’il y a une vie dans ce rocher mon colonel, elle serait plus proche de celle de Satan que de celle du bien que poursuit la république de Pagaal et à la tête du peloton du peuple, les soldats de son armée républicaine.

-Vous faites mieux mon général. Les autres disent ne rien entendre ni voir, ni par leur oreilles ou leurs yeux naturels ni par leurs compléments hyper sophistiqués par lesquels ils sont tous maintenant renforcés

-Et cela ne te gêne pas d’être le seul à entendre ou à voir ?

- Entendre et voir, c’est toujours ce qui sépare les hommes, même dans leurs communautés les plus intimes. Ceux qui n’ont rien entendu, rien vu ni rien senti autrement avec certitude ou avec une grande probabilité de ne pas être dans l’illusion, ne sont engagés en rien.

-Voulez-vous vous départir de votre tenue de soldat ?

-Je ne me sens pas avec la force de pouvoir me désolidariser de ce que j’ai entendu et vu dans ce rocher. Je ne renonce pas à mon statut et à mon engagement de soldat mais  je souhaiterais être déchargé de mon rôle dans la préparation de cette cérémonie.

-Mais que faire au cas où…

-Il faut y penser mon général.

-Il reste combien de jours encore pour la cérémonie ?

-Cinq

- As-tu une idée de ce que l’on pourrait faire au cas où …

-Comment tendre un piège à l’ennemi ? Comment manipuler les diverses armes de la mort ?, comment défendre et comment attaquer ?, Quand faut-il avancer ou reculer et comment ? Combien de temps pourraient-ils encore tenir et combien pour nous-mêmes ?Toute ma vie je crois je ne me suis posé que ces questions négatives.Cela me semblait totalement légitime et honorable tout à l’heure seulement, et vitale pour la vie personnelle et pour la sécurité au sein de la république. Mais voilà que brusquement par un rocher, un profond malaise existentiel s’empare de moi.

-La célébration de la naissance de Pagaal et de la libération de son peuple ne s’est jamais déroulée en d’autre lieu que celui-là que les fondateurs ont indiqué. Le président lui-même et surtout le peuple et ses adversaires pourraient avoir beaucoup à dire. Il faut faire disparaître ce rocher, même s’il faut faire appel à des forces étrangères ou à des forces occultes.

-Des forces réelles mais encore occultes, je commence maintenant à croire sérieusement qu’il en existe à Pagaal.

-Certains pourraient penser mon colonel, que Thiakhane Fakher lui-même fait partie de ces forces obscures de la nuisance. Pourquoi avoir choisi de changer l’emplacement de la tribune officielle plutôt que de la maintenir là où elle a toujours été installée ?

-Je ne sais pas comment mon général, mais il me semble que le peuple s’en est déjà emparé de la nouvelle ou alors une information s’est formée à distance des faits selon laquelle il se passe quelque chose à la Place du Souvenir. Il sort de partout à l’instant et vient vers la Place du Souvenir. Vous ne pouvez pas voir les fumées de toutes ces choses en flammes ou les sentir, mais vous entendez sans doute ces grenades qui explosent en série. Le meilleur est toujours préférable pour tous, mais le pire a aussi sa place dans l’histoire et n’est pas toujours négatif. Que faut-il faire mon général ?

Tag(s) : #UTOPIES ET MYTHES ET REALITES

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