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 Lorsque Guejopaal est arrivé un matin dans la capitale de Pagaal, le 12 juin, rien ne lui indiquait que ce qui y arriva onze jours plutard allait s’y produire .Il n’était pas le seul. L’équilibre de Pagaal était sans doute devenu apparemment ou réellement très fragile, mais les plus théoriciens des sciences et des arts de la vie reconnaissaient leur incapacité à dire au prince ou au peuple, quand, où et comment surviendrait ces émeutes. D’ailleurs tout laisse à croire que le défaut d’un conseil qui pouvait dire en toute certitude ce que les hommes feraient qui fit que le prince Guiniar n’avait pas hésité un seul moment à rebrousser chemin. Personne ne lui avait indiqué un obstacle que son aurait n’avait pas su écarter.

 

 

 

Le prince Guiniar connaissait le peuple de Pagaal pour avoir longtemps séjourné avec lui en plusieurs endroits du pays.Mais il arrive toujours un moment où l'homme se trompe au sujet de lui-même et au sujet de ses semblables. Grand psychologique, grand sociologique, éminent avocat et démagogue jamais connu à Pagaal, mais aussi guerrier des temps des gelwaar, il pensait comme beaucoup du reste, que le peuple de Pagaal, depuis la mort de ses anciens, était devenu un peuple de lâches, un peuple de femmes et d’hommes qui préfèrent marquer le pas avec le tyran quand, au fond d’eux-mêmes toute leur vie demande la liberté et la démocratie. Une triste philosophie selon laquelle la vie vaut toujours mieux que la mort continuait sa conquête et contribuait à mettre hors de toute menace de révolte et de révolution, le pouvoir du prince de Pagaal et tous les autres pouvoirs secondaires dérivés malgré la décomposition économique, sociale, intellectuelle, morale et politique du pays. La passivité des pagalaises et des pagalais avait même commencé à entamer l’image de leurs ancêtres, car certains se demandaient comment ce peuple de gelwaar, comment cet ancien peuple de citoyens qui furent « tous des femmes et des hommes de bien » avait-il donné naissance à un peuple de lâches, de fainéants, d’usurpateurs, de démagogues, d’anthropophages, de mendiants ?

 

 

Pour justifier leur résignation certains élevaient l’argument selon lequel rien ne garantissait que les résultats de la lutte apportent plus de biens que la situation du moment. D’autres refusaient de mener un combat pour des fruits que des lâches attisant le feu, viendraient cueillir sans larmes de souvenirs dans les champs fertilisés par les cendres de leurs dépouilles. Ainsi la sécurité de la chose publique devenait de plus en plus fragile puisque les vies commencèrent à se recroqueviller en elles-mêmes, en tant que famille, clan ou individu solitaire. D’autres refusaient de voir le malaise en face et la nécessité de le combattre en faisant comme si tout allait dans le meilleur des mondes pour eux-mêmes ou pour tous ou pour la plus grande majorité. Ils se trahissaient dans leurs rêves comme ce père de famille qui, se réveillant un matin de bonne heure, s’était mis à accuser son neveu d’avoir volé et vendu des tonnes de nourritures qui étaient dans la cour de la maison durant la nuit, alors que ce n’était qu’un rêve dans le ventre du malaise.

 

 

 

Ce n’était pas la première fois que Guejopaal venait à Guirore, mais il avait emprunté plusieurs rues inconnues qui le menèrent en des endroits inconnus. Il lui sembla d’ailleurs que tout avait changé et qu’il n’avait plus aucune certitude d’avoir été dans telle rue et dans tel endroit dans ses descentes antérieures à Guirore. Ce n’est pas à Guirore qu’il avait appris la présence du mouvement et du changement perpétuel dans le monde. A Yokaam le ciel changeait et la terre changea plusieurs fois sous ses yeux et dans ses narines et dans sa peau et dans sa langue. Mais à Guirore, la vie semblait aller dans le monde comme un caméléon aussi rapide qu’un serpent. Non seulement à Guirore les choses et les êtres et leurs comportements et leurs actions changeaient à chaque pas de la vie, mais à Guirore, tout se rapprochait de plus en plus et devenait de plus en plus semblable. Il ne savait plus dans quelle quartier et dans quelle rue il a déjà été.

 

 

 

Tout était devenu pareil. Les rues se ressemblaient, les immeubles se ressemblaient, les hommes se ressemblaient dans leur habillement, dans leur mouvement, dans leurs croyances et dans leurs désirs au vu et au su de tous et surtout au-delà des différences de carapace. Ils portaient presque tous le même nom. Personne ne faisait plus confiance en Dieu parce que personne ne se faisait plus confiance en soi en tant que soldat de Dieu sur terre. La méfiance et la suspicion avait gagné beaucoup d’espace vitale à la vie car Guejopaal avait remarqué que la dernière fois qu’il arriva à Guirore, il y avait de cela une cinquantaine d’année, la majorité des hommes et des femmes auxquels il s’adressa avaient répondu autant qu’il pouvait le faire pour un citoyen et pour un homme tout court. C’était un autre temps. Peut-être que tout ne change pas et que tout n’avait pas changé à la même vitesse, pour les mêmes causes et avec la même intensité, mais il ne pouvait plus dire en toute évidence, en toute certitude qu’il avait déjà été ici ou non, qu’il avait vu telle chose ou non.

 

Pendant neuf jours, Guejopaal avait erré dans les rues et dans les quartiers de Guirore. Son esprit été allé vers Jean-Paul quand un matin, il vit une foule d’écoliers qui semblaient très nerveux. Ils scandaient le même slogan écrit sur des pancartes, sur leurs habits, sur leur chaussures, sur leur corps nus ou sur leur front barré d’un foulard ou d’une encre rouge : « Y’en a marre » .Quelques instants après qu’ils disparurent sous son regard, il avait entendu des bruits de grenades lacrymogènes.Il avait demandé à beaucoup de personnes qu’il rencontra en différents lieux mais un tout petit nombre d’entre eux avait daigné lui répondre. Beaucoup pensèrent quand il s’adressa à eux, qu’il faisait partie de cette armée de mendiants dont les divers contingents se massifiaient de jour en jour alors que les fibres et les forces de la solidarité se rétrécissaient de jour en jour.

 

 

Il semble qu’une crise économique mondiale traversait le monde et frappait toutes les cités. Pourtant à Yokaam, les premiers maîtres de Jean-Paul et leurs ancêtres enseignaient qu’il est impossible qu’il naissent sur la terre ou dans les eaux une population de vies qui puisse inquiéter les ressources de la nature qui leur a donné naissance et les moyens de préservation de la vie humaine et de sa satiété sont plus immense pour l’espèce humaine. Certains experts et des non experts pensaient que la crise économique, la rareté des biens et des services pour la satisfaction de la vie et spécifiquement pour celle de la vie humaine, condition nécessaire à la paix et à la liberté, est l’une des conséquences d’une crise antérieure, une crise morale et éthique au cœur de la production des biens et des services, de leur distribution et de la planification de leurs consommation, une crise éthique qui prend ses racines dans une philosophie de l’existence et du bonheur qui pense que le bonheur et la liberté et la puissance consiste à se surcharger de biens qui ne nous sont pas propres au lieu de la philosophie de Moutar qui pense que tous ces biens personnels et collectifs que l’on appelle paix, liberté, abondance et bonheur résident dans la vie qui s’est dépouillée et qui s’est allégée de tout ce qui n’est pas proprement à elle, mais seulement par accident comme un essaim de tâches ou de motifs sur un tissu conçu sans tâche et avec un seul motif.

 

 

 

Un dernier informateur avait indiqué à Guejopaal qui chercha pendant toute une journée, qu’il y avait aussi une cité d’élèves et d’étudiants à Wakhaldiam à côté  de la Mosquée de la Transparence et que tout le monde connaît cette mosquée et la résidence qui lui est contigüe. Guejopaal était arrivé à la cité des élèves, mais Jean-Paul avait quitté la cité au lendemain des épreuves de philosophie, le 11 juin 2011.Il avait insisté, pensant au début que c’est parce que le gardien ne le prenait pas au sérieux, mais ce dernier lui avait signifié que c’est la même réponse qu’il aurait donné à tout visiteur qui serait venu demander au sujet de la même personne. « Je sais, lui aurait dit le gardien, en te voyant, on sent que tu n’es pas de Guirore, même si tu habites Pagaal, mais pour moi je n’accueille pas les hommes ainsi. »

 

 

 

Tag(s) : #De la société et de l'homme au Sénégal dans l'histoire

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